ARTE TV
Un reportage de Sophie Peyrard
À l'occasion de la saison de la Turquie en France, l'Art Turc passe à l'offensive ! Censeurs, planquez-vous !
Istanbul, ses bateaux, son Bosphore, son pont suspendu, son marché aux poissons, et cette année, petite nouveauté, sa réunion du FMI. Le Fond Monétaire Internationale croyait avoir dégotté la destination idéale pour organiser son sommet le mois dernier. Mais voilà, la capitale économique de la Turquie et 5e mégalopole du monde est également devenue une place forte des Altermondialistes. Deux milles troubles fêtes ont gâché la party des rois de l'économie.
Burak DelierUne rébellion qui agite le monde de l'art contemporain. Depuis quelques temps, sur les murs d'Istanbul fleurit une étrange affiche publicitaire qui vante les qualités d'une veste résistante au tabassage. Son créateur n'est pas Karl Lagerfeld, mais l'artiste turque Burak Delier. La « parkalynch », c'est son nom, est une combinaison anti-lynchage qui permet de manifester en encaissant les coups d'où qu'ils viennent.Burak Delier : "En 2007 en Turquie, en Anatolie, à Istanbul ou à Ankara, dans plein de villes turques, il y a eu des lynchages de gens qui distribuaient des tracts ou qui voulaient donner des conférences de presse. Des gens de gauche ou des Kurdes qui se sont fait tabasser. "À 32 ans, Burak a inventé la première veste anti-coup de matraque et anti-mandale. Pour la vendre il a même créé une entreprise virtuelle et un show room. La provocation vestimentaire, c'est son dada. En 2005, Burak réalise la photo d'une femme portant un niqad aux couleurs du drapeaux européen, sa manière à lui d'interpréter la réticence européenne à intégrer la Turquie dans l'Union. Mais son plus beau coup, c'est ce cliché censuré pris en plein jour devant le garde du palais à Istanbul.
Erkan OzgenLe nationalisme et l'armée omnipotente, c'est aussi la cible d'Erkan Ozgen. Originaire de Diyarbakir, la capitale du Kurdistan turc, ce photographe et vidéaste se définit comme un artiste activiste.Dans la vidéo "Breath", il marche dans les rues désertes de sa ville natale, vidée de ses habitants. Une vision radicale de la négation de la culture kurde par le pouvoir central turc.Né en 71, Erkan ne vit pas de son art : enseignant dans un collège technique, il est aujourd'hui l'invité de la Biennale d’art contemporain d'Istanbul. Dans sa politique d’assimilation, l’Etat turc a imposé une réforme de l'alphabet qui gomme les lettres X, Q et W présentes dans l'alphabet kurde. Dans "eröristAN. 2009", Erkan fait un pied de nez aux censeurs en renversant le M du roi du fast food. Erkan Ozgen : "Voilà comment on peut interpréter mon œuvre. McDonald est un symbole fort de la consommation, mais dans mon pays c’est la langue kurde qui est dévorée. Mais ce qu'on voit ici c'est aussi un repas traditionnel villageois avec de la pastèque et du pain. McDonald symbolise le fast food. Or la consommation est à la fois basée sur la destruction et la production. Et ces deux aspects cohabitent dans cette œuvre."Avec sa série "Adult Games", jeux pour adultes, Ekran fait porter des cagoules à des enfants kurdes. Depuis 84, l'Etat turc livre sa guerre contre les Kurdes, 44000 morts, 3000 villages rasés et des gamins qu'on considère comme des terroristes. Invité en 2008 à participer à une exposition en Espagne, Erkan remarque les immigrés clandestins qui errent aux alentours de Barcelone et se reconnaît dans ces parias. Il les fait jouer dans cette vidéo, marchant au pas militaire.Erkan Ozgen : "Dans ma vidéo "Orijin", il y a une scène où des Noirs Africains crient tous ensemble "heureux celui qui se dit turc". Cette phrase est scandée en Turquie par tous les élèves de l’école primaire au début de chaque journée, donc cinq fois par semaine à 7 heures du matin. Lors de cette déclaration, ils jurent aussi de sacrifier leur propre vie pour la nation turque. Depuis les années 20, ce texte rend malheureux tous les Turcs."
Nilbar GuresDans cette vidéo réalisée en 2006, intitulée "Undressing", l'artiste Nilbar Gures se transforme en momie humaine et se lance dans un strip-tease. À chaque vêtement enlevé, elle égraine le nom de son propriétaire. Attention, tout doit disparaître ! Aujourd'hui installée à Vienne en Autriche, l'artiste turque Nilbar Gures s'est vue offrir une résidence artistique dans sa ville d'origine Istanbul. À coup de collage ou de performance, elle montre des femmes émancipées qui effraient les moustachus stanbouliottes. Dans "Unknown Sports", Nilbar habillée d'une robe de mariée et munie de gants de boxe demande aux passants d'un quartier d'Istanbul de l'aider à se déshabiller.Nilbar Gures : "Quand j’ai posé la question aux femmes "à quel sport identifiez-vous votre combat quotidien dans la vie ?", de nombreuses femmes ont répondu: "la boxe"."
Canan Senol Avec un certain culot, Canan Senol pointe la racine du problème : les religions et leur cortège d'interdits. En 2006, avec "Strange Creature", elle se met en scène dans la genèse supprimant Adam de l'histoire. Dans son travail, Canan revendique le droit de libérer son corps de tout contrôle.Canan Senol : "Dans plusieurs de mes œuvres, je travaille sur la biopolitique. Je définis différents espaces de pouvoir comme la famille, la société, l’état, la religion et je montre comment ces zones de pouvoirs exercent un contrôle sur les corps. J’utilise la métaphore du "panapticon". Le mot "panopticon" n’est pas inconnu des Français, c’est le concept de surveillance par un œil unique, comme dans les prisons. Il s’agit d’une surveillance concrète, comme par exemple par des caméras vidéos dans les rues, par des cartes de crédits qui permettent de suivre à la trace les dépenses de chacun. Mais il peut aussi s’agir d’une surveillance abstraite pour mettre sous contrôle le corps : une surveillance exercée par la société, la famille ou la religion."
Canan Senol présentera "Exemplary" au festival Temps d'Images en Turquie le 24.11.09Dans un pays menacé par le fondamentalisme musulman, Canan Senol expose la nudité que ce soit celle de poupées gonflables ou de poupées Barbies. Une façon de lutter contre ces intégristes qui veulent voiler la sexualité. Dans le film d'animation "Exemplary", Canan revisite les contes des mille et une nuits en y révélant le poids de l'Etat, de la famille et de la religion sur le confinement des corps. Canan Senol : "Si les artistes sont relativement libres en Turquie, c’est que l’art contemporain n’intéresse que l’élite intellectuelle. Je prends plus de risques et les réactions sont plus radicales lorsque je participe à des expositions populaires, ou dans la rue."
BiennaleLa 11éme Biennale d'Istanbula eu lieu du 12 septembre au 08 novembre 2009
Le site officiel
Evénements à venirPerformanceCanan Senol présentera "Exemplary" au festival Temps d'Images en Turquie le 24.11.09La 2ème édition turque de Temps d'Images se teint du 18 au 27 novembre 2009 au Garajistanbul avec une programmation entièrement consacrée au femmes. Concerts, théâtre, danse, performances, workshops, expositions, Skype chats… autant d’occasions de questionner la condition féminine en Orient et en Occident.>> Plus d'informationsLa saison de la Turquie en Francede juillet 2009 à mars 2010>> Le site officielExpositions"Unknown Sports - Indoor Exercises" - Nilbar Güres jusqu'au 29 novembre 2009 Salzburger Kunstverein à Salzburg - AutrichePerformance III - Gender, Politik, soziale Fragen und Intercultural StudiesKatrina Daschner , GRAM , Nilbar Güres , Lena von Lapschina , Tatsumi Orimoto , Katarina Sevic , Milica Tomic , Martha Wilson Verein zur Förderung künstlerischer Fotografie à Vienne - Autriche
Trackssamedi, 21 novembre 2009 à 03:00 Pas de rediffusion (France, 2009, 52mn)ARTE F
Edité le : 19-11-09Dernière mise à jour le : 20-11-09
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"What Keeps Mankind Alive?" is a line in Bertolt Brecht's 1928 cabaret-musical The Threepenny Opera. WHW summon the Marxist playwright Brecht as a general symbol of their own declared commitment to "a full-fledged political program that is also completely aesthetic." Then, they relegate him to the catalog to do what they do best: curate. A comparatively smaller number of artworks are organized according to two main curatorial premises as simple as they are effective. A selection of adroit (but not immediately familiar) works from the 1970s through the 1990s provide historical grounding, while artists scattered across the Biennial's three sites act as binding agents for the exhibition as a whole. (LEFT: VYACHESLEV AKHUNOV, FROM LENINiANA)
Working in the 1970s and 80s, the German artist Brehmer made graph- and map-based illustrations of the movement of armed forces in the Vietnam war, the price of zinc and potatoes in Germany, and the year-long changes in the "soul and feelings of the worker." Marking off a single socio-political phenomenon, and developing spare, pointed means for its visual presentation, Brehmer poses a quiet question as to the efficacy of contemporary approaches to similar circumstances. Next to Brehmer, Bureau d'études' computer diagram of the global Administration of Terror (2009) appears tangled; Vangelis Vlahos' "mapping" of politically-charged, maritime "grey zones" between Greece and Turkey through images and newspaper archives, vague (Grey Zones, 2009); and Société Réaliste's alphabet of international borders turned into ideograms (Ministry of Architecture: Culture States) (2009) almost impenetrable. On the other hand, Trevor Paglen's large, mostly black night photographs of the trajectories of reconnaissance and intelligence satellites over Istanbul, in Celestial Objects (Istanbul) (2009), benefits by Brehmer's restrained statement-making. Cengiz Cekil, Nam June Paik, Michel Journiac, and Hans-Peter Feldmann, join Brehmer in the ranks of "historical" figures who act as a foil to the driving "contemporariness" which all too often overwhelms Biennials of this sort. (KP BREHMBER, SOUL AND FEELINGS OF THE WORKER, 1978–1980)